<a href=http://www.egards.qc.ca/3791.php>LA RECTITUDE POLITIQUE: LE DOGMATISME DÉGUISÉ EN VERTU</a href>
par Richard Bastien
(Publié dans le numéro 14 d'ÉGARDS le 19 décembre 2006)
(…) La rectitude politique se manifeste partout, certes, mais davantage sans doute au sein des débats et controverses où sont débattus le droit à la vie, le mariage et le rôle de la famille, l’euthanasie et le soutien de l’État à la garde publique des enfants. Les adeptes de la rectitude politique préfèrent ne pas aborder ces questions dans le cadre d’institutions démocratiques, car le citoyen «moyen» leur semble trop peu «éclairé» pour en juger. Leur méthode consiste donc, primo, à obtenir une décision d’un tribunal (grâce à des fonds fournis par l’État pour aider les groupes «défavorisés»), secundo à exiger que le Parlement s’y plie promptement, tertio à orchestrer une campagne dans les médias pour soutenir que l’affaire est réglée et qu’il serait malséant de «revenir en arrière».
L’empressement avec lequel nos médias ont appuyé le mariage des homosexuels et leur droit d’adopter des enfants illustre bien cette stratégie. Pour les tenants de la rectitude politique, il y aurait manque de tact à encourager un débat public sur pareille question. Les Canadiens ont beau être majoritairement opposés au mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, rien n’y fait. Trop contents d’éclairer les pauvres esprits qui, en dépit de tout, continuent de croire à la loi naturelle, les médias s’appliquent scrupuleusement à nous faire comprendre que toute opposition à la nouvelle idéologie est vouée à l’échec, exerçant ainsi dans nos sociétés dites démocratiques les fonctions qu’exercent les ministères de la propagande dans les États semi-totalitaires.
Derrière les fables de la rectitude politique et, sous prétexte d’établir une plus grande égalité, la légalisation du mariage homosexuel vise, d’une part, à légitimer un certain style de vie et, d’autre part, à dévaloriser le rôle de la famille traditionnelle. Le lobby homosexuel a très bien compris que le mariage, au-delà de son caractère privé, représente une norme sociale. En permettant aux couples de même sexe de se «marier», le Parlement, succombant à ce lobby, a établi une manière d’équivalence morale et légale entre les rapports homosexuels et les rapports conjugaux. Ce faisant, il a détruit la signification du mariage et, indirectement, le rôle de la famille traditionnelle.
Si le fait de limiter le mariage à «mari et femme» (qui, dans la plupart des cas, deviennent père et mère) est «injustement discriminatoire», alors quiconque appuie la définition traditionnelle du mariage devient ipso facto coupable de «discrimination injuste», et la défense du mariage traditionnel bigoterie. Dans le monde utopique des militants homosexuels, l’affirmation du droit de chaque enfant à un père et à une mère s’apparente à de l’homophobie, une tare qui, dans l’ordre des rapports sexuels, possède le même statut moral que le racisme dans celui des rapports sociaux. Bref, aux «péchés de la chair» s’est substitué un autre genre de «péché». La logique inhérente à la rectitude politique conduit, non pas à une plus grande tolérance fondée sur le laisser-faire, mais à une hideuse guerre culturelle dirigée contre toute opinion n’admettant pas l’homosexualité comme intrinsèquement saine et normale. C’est ainsi que, malgré les protestations de milliers de parents de la Colombie-Britannique, deux homosexuels ont été chargés de réformer le programme d’éducation sexuelle des écoles primaires et secondaires de cette province en y intégrant une image positive du style de vie homosexuel. De même, il y a tout lieu de prévoir que les exonérations fiscales dont jouissent les organismes de bienfaisance qui refusent de souscrire aux nouveaux dogmes seront bientôt mises en question. Au dire de certains porte-parole du mouvement homosexuel, il faut même s’opposer à toute initiative visant à protéger le droit des ministres religieux ou des agents de l’État de ne pas présider à des cérémonies de mariage entre homosexuels, droit qui est pourtant fondé sur la liberté religieuse.
La rectitude politique ne peut admettre la distinction entre moralité publique et moralité privée, ni la mise en question du quasi-monopole de l’État dans des domaines comme la médecine, les garderies ou l’enseignement. Elle tient pour acquis que des décisions en matière, par exemple, d’avortement, d’euthanasie, d’homosexualité, de divorce sont strictement privées (et varient selon les «préférences» culturelles, religieuses ou personnelles) et que, par conséquent, lorsqu’elles donnent lieu à des litiges, seul l’État est habilité à intervenir. Dans cette perspective, tant la moralité privée que la moralité publique exigent que l’État s’impose comme juge et comme ingénieur suprême. Il n’y a que lui, nouveau Dieu, qui puisse régler les problèmes. (...)
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